vendredi 30 mars 2018

Canaan : une tombe royale de 3600 ans dans l'ancienne Armageddon - Megiddo

Canaan : une tombe royale de 3600 ans dans l'ancienne Armageddon - Megiddo

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Comme chacun est censé le savoir, Canaan est une ancienne région du Proche-Orient, donc de l'est Méditerranéen. Cette région correspond plus ou moins aujourd'hui aux territoires réunissant l’État d'Israël, les Territoires palestiniens, l'ouest de la Jordanie, le Liban et l'ouest de la Syrie. On appelle Cananéens les habitants de ce territoire à l'âge du bronze, parfois appelé pour cette région « période cananéenne ». Dans le récit biblique, Canaan désigne la terre promise aux Hébreux, par Yahvé (l'Eternel) à Abraham. Elle désigne la région comprise entre la Méditerranée et le Jourdain, avant sa conquête par Josué et les tribus d'Israël sorties d'Égypte. Le terme proviendrait du nom de Canaan, petit-fils de Noé. Et, dans cette région très citée évidemment dans les textes anciens, religieux ou non, se trouve le site archéologique très célèbre de Mediggo, ville canaanéenne également citée dans la Bible à plusieurs reprises : dans la liste des 31 rois vaincus par Josué (Josué 12, 21) lors de la conquête de la Terre promise, dans le livre des Rois, le roi David élargit ses frontières et le roi Salomon la fortifia (1. Rois, 9,15) alors que dans l'Apocalypse (16,16) de l'apôtre Jean donne le nom d'Armageddon הר מגידו, Har-Megiddo, le mont Megiddo, le lieu où les rois de la terre se rassemblent pour faire la guerre...

Dans la partie nord-ouest du tél, les fouilles ont découvert des phases ultérieures de l'âge du fer, dont une couche du 7ème siècle avant notre ère qui a produit des découvertes reliées aux versets bibliques concernant le meurtre du roi Josias de Juda à Megiddo en 609 avant notre ère, dont il est aussi question dans les anciens textes.

Une découverte extrêmement intéressante a eu lieu dans l'ancienne cité de Meggido, qui pourrait donner des informations inédites sur la dynastie royale peu connue qui a régné sur ce centre très puissant avant sa défaite et conquête par l'Egypte  au début du 15ème siècle avant J.-C. Il s'agit d'une chambre funéraire intacte datée de 3 600 ans donc et qui contient tous ses trésors archéologiques mais aussi des données ADN potentiellement très instructives sur l'époque concernée.
Situé à 30,5 km au sud de Haïfa, ou encore 90 km au nord de Jerusalem, dans ce qui est aujourd'hui le nord d'Israël, le site antique de Megiddo a dominé une passe stratégique sur les principales routes militaires et commerciales internationales pendant près de neuf millénaires, de 7000 avant JC à 1918, dates de la première trace d'habitation humaine connue et d'une grande bataille entre les Anglais et l'Empire ottoman. Surplombant la vallée de Jezreel, le site a été témoin de nombreuses batailles décisives antiques qui ont modifié le cours de l'histoire, lui donnant le nom figuratif d' Armageddon (de Har-Megiddo, ou «colline de Megiddo») inventé pour la première fois dans le livre de l'Apocalypse.

Historiquement, lors de la première bataille enregistrée dans l'histoire du Proche-Orient ancien, à Megiddo, les forces du pharaon égyptien Thoutmosis III ont assiégé la ville fortifiée dans la première moitié du 15ème siècle avant JC. Après un long siège de sept mois, la ville a capitulé et céda au pharaon, qui incorpora Canaan comme province dans son empire. Et cette tombe royale date de la période juste précédente d'après la fourchette de datations...

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Un modèle représente la tombe avant l'ouverture. La chambre funéraire est la structure en haut à droite avec deux grandes dalles appuyées l'une contre l'autre - MODÈLE PAR ADAM PRINS ET ROBERT HOMSHER


Le grand site de Megiddo, aussi nommé tell el-Moutesellim, a été construit sur un tertre qui se dresse maintenant, à la suite de l'empilement de nombreuses couches archéologiques, à presque 21 mètres au-dessus de la plaine. Il est le site d'investigations scientifiques depuis 115 ans, et la plus récente expédition internationale, sous la direction d' Israel Finkelstein et Mario Martin de l'Université de Tel Aviv et Matthew Adams de l'Institut WF Albright d'Archéologie, mène des fouilles archéologiques locales depuis 1994. Au cours des saisons de fouilles, un nombre sans précédent de monuments, y compris des palais, des temples et des remparts datant des âges du bronze et du fer (de vers 3300 à 586 avant J.-C.) ont été découverts sur le site du patrimoine mondial. Mais rien ne préparait les archéologues à la découverte inattendue de la tombe intacte datant de 1700-1600 avant J.-C., lorsque le pouvoir Canaanite de Megiddo était à son apogée et avant que la dynastie régnante ne s'effondre sous la puissance de l'armée de Thoutmosis.

La découverte réelle a commencé comme un mystère, lorsque les archéologues ont commencé à remarquer des fissures dans la surface d'une zone d'excavation adjacente aux palais de l'âge du bronze qui ont été découverts dans les années 1930. " La poussière semblait tomber dans une cavité ou une structure invisible ", explique Adams. Puis, en 2016, ils sont tombés sur le coupable: un couloir souterrain menant à une chambre funéraire.



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Deux des trois membres de la famille de l'élite cananéenne enterrée, dépeints comme les archéologues les ont découverts. - MODÈLE PAR ADAM PRINS ET ROBERT HOMSHER


La chambre contenait les restes non dérangés de trois individus - un enfant entre huit et dix ans, une femme dans la trentaine et un homme entre 40 et 60 ans, ornés de bijoux en or et en argent, y compris des bagues, des broches, des bracelets et des épingles. Le corps masculin a été découvert portant un collier en or et était couronné avec un diadème d'or, et tous les objets démontrent un haut niveau de compétence et de talent artistique. Outre les sépultures riches et intactes, les archéologues ont également été intrigués par l'emplacement de la tombe, située à côté du palais royal de Megiddo, datant de la fin du Bronze Moyen.

" Nous parlons d'une sépulture d'une famille d'élite à cause de la monumentalité de la structure, des découvertes riches et du fait que l'enterrement est situé à proximité du palais royal ", explique Finkelstein.

Les objets funéraires témoignent de la nature cosmopolite de Megiddo à l'époque et des trésors qu'elle a récoltés sur les principales routes commerciales de la Méditerranée orientale. Avec des bijoux, la tombe contenait des récipients en céramique de Chypre et des pots de pierre qui ont pu être importés d'Égypte. La riche ornementation des habitants de la tombe semble indiquer une société complexe et fortement stratifiée, dans laquelle une élite exceptionnellement riche et puissante avait été élevée au-dessus de la plupart de la société de Megiddo.


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Les bijoux en or qui ornent le corps de l'homme adulte comprennent (par le haut) un diadème, un bracelet et un collier de torsion. - PHOTOGRAPHIE DE PETER LANYI, MUSÉE D'ISRAËL, JÉRUSALEM


En dehors de la collection d'artefacts précieux provenant des coins les plus reculés du Proche-Orient ancien, les chercheurs espèrent également acquérir de nouvelles connaissances importantes à partir des restes physiques des individus eux-mêmes. Lors de l'excavation de la sépulture, les archéologues ont réalisé qu'en plus des trois sépultures individuelles, d'autres restes humains avaient été enterrés précédemment.

Melissa Cradic, membre de l'équipe de fouilles et experte sur les anciens rites funéraires de la région, explique que deux phases de l'activité rituelle avaient eu lieu dans la tombe. La première phase a impliqué l'enterrement d'au moins six individus sur une courte période de temps. Pendant la deuxième phase, ces restes ont été poussés à l'arrière de la tombe dans un fouillis d'os. En même temps, les trois personnes nouvellement décédées ont été placées devant la salle.


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Les archéologues ont été stupéfaits de découvrir la tombe - remplie d'offrandes funéraires et de restes humains - non dérangés depuis environ 3 600 ans - PHOTOGRAPHIE PAR ROBERT S. HOMSHER


Cradic note que certains types de bijoux trouvés sur les trois individus intacts, tels que les chevilles en bronze et les épingles en métal, sont identiques aux artefacts trouvés dans le tas de restes à l'arrière de la chambre funéraire, suggérant une relation sociale étroite entre ces deux groupes de personnes qui ont été mis au repos ensemble. " Cependant, les trois derniers ont probablement eu une importance particulière en raison de la grande quantité et de la richesse exceptionnelle de leurs biens funéraires, " souligne Cradic, " ainsi que le fait que leurs corps n'ont pas été dérangés après l'enterrement. "


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Un détail du collier de torsion en or vieux de 3600 ans porté par l'occupant adulte masculin de la tombe d'élite révèle un oiseau d'eau gracieux (cigne, flamant ?). - PHOTOGRAPHIE DE PETER LANYI, MUSÉE D'ISRAËL, JÉRUSALEM


En outre, des preuves physiques d'un possible trouble osseux ou sanguin génétique dans les restes de plusieurs individus des deux phases de la tombe suggèrent qu'ils peuvent être apparentés, selon la bioarchéologue Rachel Kalisher, qui analyse les os.

Actuellement, une vaste étude d'ADN est en cours sur de nombreuses personnes déterrées à Megiddo - celles de la tombe «royale» ainsi que celles provenant d'enterrements moins élaborés provenant d'autres zones domestiques du site. Les résultats de l'ADN ancien pourraient révéler pour la première fois si les habitants «communs» de la cité cananéenne étaient du même arrière-plan que l'élite, note Finkelstein, en suggérant une possible différence d'origine.

Les chercheurs sont particulièrement intrigués par l'origine de la classe dirigeante de Megiddo depuis que la correspondance diplomatique avec l'Egypte au 14ème siècle avant JC - suite à la conquête par Thoutmosis III - révèle que le roi de Megiddo n'avait pas de nom sémitique (traditionnellement cananéen), mais un nom Hourrite: Birydia.


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Des dizaines de plaques d'ivoire incisées découvertes dans la tombe couvraient autrefois une boîte (ou cercueil) en bois qui n'existe plus. - PHOTOGRAPHIE DE PETER LANYI, MUSÉE D'ISRAËL, JÉRUSALEM


Les érudits croyaient depuis longtemps que les Hourrites étaient un peuple montagnard errant qui a émergé dans la région entre le quatrième et le troisième millénaire avant notre ère, et s'est finalement sédentarisé et a adopté le cunéiforme comme écriture. Cependant, de nouvelles fouilles des villes hourrites ont révélé une culture avancée avec un langage et un système de croyance distinctifs qui ont peut-être joué un rôle clé dans la formation des premières villes et États du Proche-Orient. Les résultats d'ADN à venir de Megiddo pourraient révéler pour la première fois le rôle des Hourrites dans la gestion des cités cananéennes, ainsi que changer notre perception sur la population de Canaan.

" Ces études ont le potentiel de révolutionner ce que nous savons de la population de Canaan ", dit Finkelstein, " avant la naissance du monde de la Bible ".

Les origines des Hourrites sont très mal connues, leur probable source serait le sud du Caucase, appartenant possiblement au même groupe culturel que les Urartéens. Leur culture non sémitique s'est étendue du nord de la Mésopotamie jusqu'au nord de la Syrie (mais donc aussi jusqu'à Canaan). Considérés longtemps comme des "barbares nomades", il se pourrait en fait qu'ils aient constitué une forme d'élite assez sophistiquée et redoutée, possédant sa propre langue, croyances et objectifs...












Yves Herbo Traductions, Sciences-Faits-Histoireshttp://herboyves.blogspot.com/, 30-03-2018







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